Début juin, l’État et les Départements du Calvados, de l’Eure, de la Manche, de l’Orne et de la Seine-Maritime ont signé le protocole de préfiguration des conventions d’appui à la lutte contre la pauvreté et d’accès à l’emploi (1).

Une consultation publique à l’origine

De mi-janvier à fin février, une consultation en ligne a été lancée afin d’impliquer les Français dans la construction de ce plan.

7200 contributions ont été versées en moins de 6 semaines et 3 200 provenaient de personnes ayant vécu ou vivant une situation de pauvreté.

De grands axes sont ressortis et ont permis de s’engager vers la constitution de groupes de travail thématiques :

  • l’aide aux jeunes sans emploi
  • la formation des jeunes
  • l’accès aux services sociaux
  • la rénovation des métiers du travail social
En Normandie, 4 grands objectifs dans le déploiement de la Stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté

Le protocole, modèle régional unique à ce jour, signé entre l’État et les cinq départements normands s’inscrit dans la nouvelle démarche de contractualisation proposée pour mettre en œuvre la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté dans les territoires : l’État apporte un soutien aux départements normands de près de 2,8 millions d’euros dès 2019, ce montant incluant la dotation du fonds d’appui aux politiques d’insertion (FAPI) et devant progresser au cours des années suivantes.

La Normandie devient la première région à voir l’ensemble de ses Départements s’engager aux côtés de l’État dans le cadre de la stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté, présentée le 13 septembre dernier par Emmanuel Macron.

En leur qualité de chefs de file des politiques de solidarité aux personnes, les départements s’engagent dans le cadre de conventions pluriannuelles signées au plus tard le 30 juin 2019 avec chaque préfet de département, à poursuivre quatre grands objectifs :

  • garantir un meilleur accès des bénéficiaires des minima sociaux à l’insertion sociale et professionnelle,
  • prévenir « toute sortie sèche » pour les jeunes sortant de l’aide sociale à l’enfance,
  • mieux valoriser et accompagner l’évolution du travail social au service de toutes les familles,
  • renforcer les droits essentiels de tous les enfants et accompagner leurs parents ou responsables légaux.

En complément, l’État pourra soutenir des séries d’actions, lancées à l’initiative des départements, qui s’inscrivent en cohérence avec les objectifs portés par la stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté.

Avec ce protocole et le soutien de l’État, les Départements du Calvados, de l’Eure, de la Manche, de l’Orne et de la Seine-Maritime réaffirment leur soutien auprès des personnes en situation de précarité.

Bolbec et Fécamp : un revenu médian inférieur à 16500€ et un taux de chômage des 15-24 ans non scolarisés préoccupant

Pour ma part, je serai particulièrement vigilante sur la déclinaison de cette stratégie dans la 9ème circonscription de Seine-Maritime. Les quelques chiffres dont nous disposons pour les communes de Fécamp et de Bolbec (les 2 plus grandes communes de la circonscription) dessinent avec acuité la cartographie sociale de la circonscription :

  • Le niveau de vie médian de Fécamp se chiffre à 16 322 € par an, une somme moins élevée (-21,22 %) que le revenu médian de la France (20 530 €) et de la Région Normandie (19 882€). Le chômage des jeunes actifs est particulièrement préoccupant : 37% des 15-24 ans non scolarisés sont à la recherche d’un emploi. Cet indicateur a augmenté de 6 points en 9 ans. (2)
  • Pour Bolbec, le revenu médian annuel s’élève à 15 374 € et 20,9 % des Bolbécais sont en dessous du seuil de pauvreté (estimé à 13,9 % pour la France).

Si les dépenses sociales ont heureusement augmenté au même rythme que la pauvreté progressait, si l’action sociale par le biais de ses agents poursuit avec rigueur et professionnalisme son travail d’accompagnement des familles sur l’ensemble du territoire, nous devons reconnaître qu’aucune politique n’a jusqu’à présent permis d’endiguer (de manière durable et diffuse) le facteur de reproduction sociale qui pèse sur les plus jeunes.

Pourtant, à Fécamp, nombreux sont les organismes publics et associatifs à oeuvrer pour l’insertion des jeunes sortant de l’école de manière précoce, à les accompagner dans leurs démarches de recherches du premier emploi et les demandes d’aides financières. Pour rappel, l’âge minimal retenu (de manière réglementaire) pour obtenir le Revenu de solidarité active (RSA) est de 25 ans.

Les départements Normands, les élus locaux et nationaux ont donc un pari ambitieux à relever après l’attribution de cette enveloppe. Nous devrons entre autres veiller à changer les mentalités afin de permettre à chaque famille de solliciter l’accompagnement social dont elle aura besoin à une période donnée, sans appréhension et faciliter les démarches et l’accès à ces services. Le récent rendez-vous que j’ai obtenu auprès de la Caisse d’allocations familiales, la concertation en Préfecture sur la déclinaison de ce plan participent pleinement à coconstruire avec les collectivités ce plan de prévention et de lutte contre la pauvreté.

Surtout, nous devrons focaliser nos efforts sur les jeunes sans emploi et les encourager, leur donner les moyens de la réussite (accompagnement, suivi, pédagogie) dès le plus jeune âge. A ce titre, les missions locales, les maisons familiales et rurales, les structures d’insertion ont un rôle central à jouer, dans des villes comme Fécamp ou Bolbec. Des dispositifs très prometteurs comme les masterclass proposées par la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de Normandie méritent d’être mieux connus : un stage de 6 semaines est proposé aux jeunes de 15 à 25 ans afin de tester les métiers de bouche. Une initiative en phase avec la réalité du marché du travail puisque les commerces et restaurants peinent à trouver du personnel.

De même, le développement des écoles de production en Normandie (3) devrait métamorphoser l’offre de formations pour les jeunes sortis d’école sans diplôme. Ces écoles de production constituent une véritable opportunité puisqu’elles forment à un métier, avec un objectif d’excellence et s’appuient sur le principe de « Faire pour apprendre ». Au minimum, 60 % des heures de formation se font en situation de production et cette production est destinée à être commercialisée dans les conditions réelles du marché. Enfin, ces écoles sont ouvertes à tous les élèves, dès 15 ans, manifestant de l’intérêt pour une formation professionnelle, notamment pour raccrocher les jeunes sortis du système scolaire.
Le 3 avril dernier, USIN’EURE, école de production dans le secteur de la métallurgie, était inaugurée tandis que la région Rouennaise forme les futurs cuisiniers au P’tit plat. L’ambition est forte de doter Lisieux d’une école formant aux métiers de la restauration et Caen à ceux de la construction bois.

Notre premier rôle, en tant qu’élus, est de faire connaître et soutenir ces initiatives qui, conjuguées, permettront sans doute de rompre la logique de précarité dans laquelle certains sont immergés dès le plus jeune âge.

 

Visite des nouveaux locaux de la Caisse d’Allocations familiales de Rouen en mai 2019.

 

 

 

 

 

 

(1) : En présence de Sébastien LECORNU, Ministre auprès de la ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, chargé des Collectivités territoriales, de Christelle DUBOS, secrétaire d’État auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé, Pierre André DURAND, Préfet de la région Normandie, Préfet de la Seine-Maritime, et Jean-Léonce DUPONT, président du Département du Calvados, Pascal LEHONGRE, président du Département de l’Eure, Marc LEFÈVRE, président du Département de la Manche, Christophe de BALORRE, président du Département de l’Orne, Pascal MARTIN, président du Département de la Seine-Maritime, ont signé samedi 8 juin 2019, à Rouen, le protocole de préfiguration des conventions d’appui à la lutte contre la pauvreté et d’accès à l’emploi.

(2) : Données de l’INSEE

(3) : Plus de renseignements sur les écoles de Production en France : www.ecoles-de-production.fr